Expositions

Abstraction Brute

Une exposition de la collection MZ, en résonance avec des Objets
Naga

« J’appelle art abstrait tout art qui ne contient aucun rappel, aucune évocation de la réalité observée, que cette réalité soit, ou ne soit pas le point de départ de l’artiste. » (Michel Ragon)

L’abstraction a toujours été le domaine de prédilection de Marcel Zelmanovitch, dans sa carrière d’artiste peintre comme dans celle de designer textile. C’est même elle qui le fait passer si naturellement de l’un à l’autre, utilisant les multiples supports à sa disposition pour l’expression de son art. Aux formes et aux couleurs, l’artiste ajoute la matière, et joue avec elle comme source d’expression inépuisable : parfois rugueuses et tranchantes, comme les surfaces en bois de ces objets exposés, parfois douces et délicates, comme le velours de ces tapis.

Marcel Zelmanovitch
L’abstraction, une exploration sans limite de Marcel Zelmanovitch

On retrouve dans ces décors les grandes sources d’inspiration du designer que sont les abstraits français des années 50. Il n’essaie pas de représenter « les apparences visibles du monde extérieur», mais tente, comme l’a souligné Léon Degan au sujet de ce mouvement, de donner une contraction du réel ou encore d’en souligner les « déchirures ». L’artiste se passe de modèle et s’affranchit de la fidélité à la réalité visuelle et ainsi des créations plastiques mimétiques. Il ne représente pas des sujets ou des objets du monde naturel, réel ou imaginaire, mais seulement des formes et des couleurs pour elles-mêmes, et cherche à transmettre ainsi l’expression de sentiments, de sensations.

Une expression du « brut »

Comme toujours dans les créations de Marcel Zelmanovitch, les décors et les matières sont intimement liés. Ils jouent en harmonie et communiquent l’un avec l’autre pour former un ensemble cohérent. Ici, comme l’évoque le titre de la collection, le fil conducteur est l’aspect brut.

Definition : brut  (adj) : sens 1 : Brutal, sauvage (syn : primitif) ; sens 2 : rester à l’état primiti, qui n’a pas été modifié, façonné (syn : simple)

L’adjectif polysémique est pris ici dans ses deux sens.  « Brut » d’abord sont les formes : on voit dans le tracé de ces modèles la liberté du mouvement, parfois brutale, la sensation d’un premier et dernier jet que l’auteur nous délivre sans ambages; « brut » ensuite est la matière utilisée, les laines non teintées, de la couleur originelle des moutons, l’utilisation de la matière première dans son aspect le plus primaire, dans l’expression de ses irrégularité qui renforce son expression brute ; « brut » enfin est le type de nœud, un nœud séné lâche qui efface le rythme du tissage pour donner un aspect plus massif à la matière.

Des Objets Naga pour une association cohérente

Cette exposition est présentée avec des objets venus d’ailleurs par leurs techniques, mais entretenant une certaine connivence avec l’esprit de la collection : présenter un ensemble d’échelles et de roues Naga taillées dans la masse, technique qui donne à ces objets usuels une beauté simple et forte. Ces objets qui ne sont pas sans rappeler les arts primitifs qui ont justement tant inspirés les courants de l’art abstraits. En y ajoutant la brutalité des formes et de la matière qui nait du travail et de la patine du bois, la boucle est bouclée, l’association fonctionne et nous plonge dans cet univers brutal et délicat…

En savoir plus sur la collection Abstraction Brute : http://www.webandroll.ovh/diurne//collection/abstraction-brute/

Crédit des Photos : Jad Caroll

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